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Chapitre 3 : L’Union européenne et la démocratie

3. Perception et implication du citoyen dans l’UE

Pour que la démocratie fonctionne, qu’il participe directement aux affaires de la cité, qu’il choisisse des représentants ou qu’il délègue sa souveraineté, l’implication du citoyen est nécessaire. Mais pour participer au processus démocratique, il faut s’identifier et se sentir impliquer. La question du sentiment d’appartenance à l’Europe se pose alors. 90 à 95 % des Européens ont un fort attachement à leur nation, c’est-à-dire qu’ils se reconnaissent dans une communauté nationale soudée par une histoire, une langue, une culture commune et ancrée dans un territoire, au moins imaginaire. Mais dans un ensemble supranational comme l’Union européenne, que signifie être « européen » ? A quoi peut-on s’identifier ? Quels sont les dénominateurs communs de cette communauté qui cimenteraient une identité européenne ? La création d’une monnaie commune, du programme d’échange Erasmus, par exemple, sont des passerelles et des outils pour forger du commun. Mais comment passe-t-on du sentiment d’appartenance à l’Europe à une participation politique active ? Se reconnait-on dans les politiques menées par l’UE ? S’est-on approprié les instituions qui décident de ces politiques ? Quel degré de confiance est accordé aux institutions de l’UE ? 

Les dernier sondages Eurobaromètre publié en mai 2025 indiquent que 52 % des Européens – et 42 % des Français – font confiance à l’Union européenne, soit le niveau le plus élevé enregistré depuis 18 ans. En 2022, en France, 75 % des 18-30 ans se considèrent comme des citoyens français et 60 % comme des citoyens européens. En trois ans, l’échelon européen y a progressé de 3 points, tandis que l’échelon national y a reculé de 3 points. Dans le contexte géopolitique actuel, plus de huit Européens sur dix souhaitent voir une Union européenne plus forte et plus affirmée, notamment à travers une politique commune de défense et de sécurité, tandis que la paix reste la valeur qui incarne le mieux l’UE.

Les crises de la pandémie du Covid et l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 ont également infléchi la position des gouvernements européens face à l’Europe. Dans l’Europe des 27, seules la Hongrie et la Pologne restent plutôt hostiles à l’UE. La plupart des autres États sont favorables voire très favorables aux politiques menées par l’UE. Seuls le climat et l’énergie génèrent de l’hostilité vis-à-vis des compétences exclusives de l’UE.  

Ces chiffres montrent que le sentiment d’appartenance et la confiance accordée à l’UE sont relativement forts. Mais plutôt que le sentiment d’appartenance, ne vaut-il pas mieux mesurer l’implication des citoyens par rapport à un projet politique ?

Ce projet politique est difficile à identifier. A la question « Vers où va l’Europe ? », la réponse et les solutions proposée n’ont cessées d’être débattues et ce, dès l’origine du projet. Ainsi, l’échec du projet constitutionnel de la Communauté politique européenne (CPE) en 1953-1954 marque le clivage entre les partisans d’une Europe fédérale et ceux d’une simple union, réduite à la coopération des États membres sans abandon de souveraineté. La CPE prévoyait une structure quasi fédérale avec un parlement bicaméral : une Chambre des peuples élue au suffrage universel et un Sénat désigné par les parlements nationaux qui devaient élire le président du Conseil exécutif européen. À cela s’ajoutaient un Conseil des ministres nationaux devant harmoniser l’action des États et du Conseil exécutif, ainsi qu’une Cour de la Communauté.

Plusieurs tentatives de constitutions pour fonder une Europe fédérale vont être repoussées jusqu’à ce que l’élargissement de l‘UE aux pays de l’Europe de l’Est pousse à une révision totale de l’architecture institutionnelle européenne. Le Traité de Maastricht qui fonde l’UE a été soumis à l’approbation des Européens. Ce projet a été inégalement plébiscité. Aux 86 % de oui en Italie s’oppose le score modeste de 51 % favorable en France. Au Danemark, ce projet doit être voté deux fois suite à un premier résultat négatif. 

Ces scores interrogent sur l’adhésion des peuples au projet européens. Aussi, pour enforcer le processus démocratique et l’identification à l‘Europe, un projet de constitution est alors soumis par référendum aux citoyens européens en 2005. Ce Traité constitutionnel européen (TCE) propose de nombreux changements dans le fonctionnement et la nature des institutions européennes, comme l’attribution à l’Union européenne de la personnalité juridique, une répartition plus précise des compétences entre l’UE et les États membres, l’instauration d’une présidence stable du Conseil européen, la création d’un poste de ministre des Affaires étrangères de l’Union et un renforcement des pouvoirs du Parlement européen. Soumis au référendum, le TCE est rejeté en France et aux Pays-Bas - ses opposants critiquant soit l’absence d’harmonisation sociale et un projet trop libéral, soit l’abandon de souveraineté. Malgré ce rejet, les propositions du TCE sont reprises dans le Traité de Lisbonne en 2007, passant outre l’expression démocratique de 2005. Dès lors, le sentiment de ne pas être écouté par les dirigeants, l’accusation d’une UE technocratique coupée des peuples va alimenter un fort sentiment de défiance.

Cette défiance et cette absence d’implication se traduisent dans le taux d’abstention aux élections européennes

Depuis 1979 et jusqu’en 2014, les taux de participation aux élections européennes s’effondrent – de 62 % de votants à seulement 42 % ! Depuis 2019, l’abstention a reculée de 10 % mais reste très élevée. Ces chiffres correspondent à ceux du sentiment d’appartenance à l’UE.

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