
Chapitre 3 : L’Union européenne et la démocratie
4. Qui veut la peau de l’UE ?
Dans l’espace démocratique européen, le débat ‘’ pour ou contre l’Europe’’ est devenu clivant. Force est de constater que les mouvements politiques qui représentent une remise en question radicale de l’UE, voire son rejet, deviennent de plus en plus populaire et gagnent en influence. Ces mouvements parviennent à remporter des élections nationales, tandis que leur représentation au Parlement européen devient également importante. Ces partis souverainistes et eurosceptiques, comme le Rassemblement national en France, l’Afd en Allemagne, le Mouvement 5 étoiles en Italie, le Fidesz en Hongrie, le Pis en Pologne, promeuvent un programme nationaliste et identitaire. Ils militent pour une Europe des nations et réclament la primauté du droit national sur le droit européen.
« Nous croyons en une Europe des nations, souveraine, basée sur le respect mutuel, sur l'acceptation des différences entre les pays. Nous croyons que la bureaucratisation et la centralisation sont une menace pour la coopération européenne. On voit un manque de respect pour la différence, pour l'identité constitutionnelle de chaque pays membre (…) La Hongrie n'a pas rejoint l'Union européenne pour devenir un sujet à qui la Commission européenne va dicter les valeurs qu'elle peut avoir.» Ainsi s’exprime Balasz Hidvégui, eurodéputé du Fidesz, parti au pouvoir en Hongrie dirigée par Victor Orban.
Ces partis instrumentalisent la notion de « volonté du peuple » qui seule est légitime. Ce populisme est soigneusement entretenu pour séduire les déçus de l’UE, les sceptiques, les laissés-pour-compte de la croissance économique, les complotistes et les milieux réactionnaires et conservateurs.


Pour certains de ces partis, une fois parvenus au pouvoir, la tentation est grande de faire basculer un régime démocratique en un régime illibéral. C’est le cas de la Hongrie de Victor Orban par exemple. Au pouvoir depuis 2010, il érode la liberté de la presse, les droits politiques de l’opposition. Il limite la liberté d’association et les droits des minorités sont remis en cause, notamment ceux des communautés LGBTQI+, criminalisées. La Pologne, gouvernée par le Pis pratique la même politique illibérale. Or l’article 2 du traité de l’UE stipule : « L’Union est fondée sur les valeurs de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de de droit ainsi que le respect des droits de l’homme, y compris les droits des personnes appartenant à des minorités (…) ». Ces gouvernements respectent donc de moins en moins les valeurs démocratiques de l’UE et en sapent les fondements.
Les recours de l’UE face à ces violations de principe existent. Ainsi, l’article 7 du traité sur l‘UE permet de suspendre certains droits comme les droits de vote au sein du Conseil. Des aides européennes peuvent également être bloquées. En fin la Cour de justice européenne peut juger et condamner ces Etats et les inciter à payer des amendes pour non-confirmité au droit européen. Mais ces démarches sont longues et finalement peu efficaces. Au pire, elles alimentent la rhétorique anti UE des gouvernements visés.
L’aboutissement de ces mouvements eurosceptiques s’est traduit par le Brexit. Après une intense campagne de désinformation contre l’UE, mené par le parti UKIP de Nagel Farage, les Anglais se sont prononcés pour quitter l’UE. Aujourd’hui, après les réponses apportées par l’UE aux crises du covid et face à la menace russe, plus aucun mouvement nationaliste n’assume vouloir quitter l’UE, ni même l’euro. Ils préfèrent réformer de l’intérieur cet édifice pour en imposer leurs nouvelles normes et leur mode de gouvernement.