Thème 1 : La périodisation en histoire
Problématiques et compétences attendues
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Comment découper le temps ?
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Comment identifier des ruptures et des continuités ?
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Comment articuler des échelles de temporalité ?
Introduction :
L’histoire, d’après Marc Bloch est « la science de l’Homme dans le temps ». Ou, d’après Antoine Prost, faire de l’histoire c’est historiser un objet, faire un va-et-vient entre passé et présent et entre différents moments du passé.
Ce temps est représenté de plusieurs façons : circulaire faisant ainsi référence à des phénomènes cycliques (astronomiques, agricoles intégrant la saisonnalité, …) ou linéaires, représentation du temps comme un continuum.
L’histoire est une mise en perspective du passé et possède un fort rapport au temps. Mais quel cadre de référence adopter ? Quand commence le temps ? Quand et pourquoi figer une chronologie dans un cadre choisi ?
En Europe, la construction de la représentation du temps et donc du passé commence en 46 av. J.-C. Le calendrier Julien (Jules César) est adopté et divise l'année en 12 mois de 29 à 31
jours. Au Moyen âge, la christianisation du temps se traduit par l'invention de l'ère chrétienne et l'année de naissance du Christ sert de référence à un avant et un après.
Enfin, en 1582, l'adoption du calendrier grégorien ( le pape Gregoire XIII) apporte les dernières modifications liées à une meilleure répartition des années bissextiles.
Ce calendrier grégorien s'impose comme la référence mondiale établissant le cadre chronologique. Mais cette conception du temps est partagée avec d'autres références religieuses qui ont elles-même leur chronologie. Ainsi, le calendrier hébraïque débute en – 3761 av. J.-C. Le calendrier hégirien adopte l'année 622 comme référence. Quant aux calendrier chinois, il est lunaire.
Une fois le cadre référentiel établi, la tâche des historiens est d'identifier des évènements qui vont infléchir, transformer ou révolutionner le cours de l'histoire. Mais quels évènements choisir ? Quelles périodes vont s'individualiser ? Comment les nommer et comment être sûr de leur pertinence ou de leur exactitude ?
1. Comment découper le temps en histoire ?
La division du temps, en histoire, possède plusieurs unités. On utilise, en fonction, de l'objet historique étudié les termes de :
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Ère : Espace de temps de longue durée : ex : ère géologique/ère chrétienne.
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Age : Période de l'évolution du monde ou de l'humanité, de durée assez longue, considérée en fonction d'un fait significatif qui l'a marquée, d'ordre historique, technique, culturel, religieux, etc. : Âge du bronze, du fer (définition Larousse).
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Millénaire : Période de 1000 ans.
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Période : Découpage de l’histoire en quatre périodes « canoniques » : Antiquité, Moyen Âge, Temps modernes, époque contemporaine. Ce découpage s’impose au début siècle et fait l’objet de débats.
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Siècle : Division chronologique d’une centaine d’années et dont le début et la fin correspondent à des évènements significatifs.
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Chrononyme : Période particulière propre à un objet d’étude : La « période des Lumières », la « Belle Epoque », les « Trente Glorieuses ».
2. Les périodes canoniques en histoire
La périodisation actuelle est le résultat d’une longue évolution. Au XVe siècle, les Humanistes distinguent deux périodes : l’Antiquité et les Temps modernes. Au XVIe et XVIIe siècles, les historiens ajoutent une période intermédiaire entre l’Antiquité et les Temps Modernes. C’est l’invention du Moyen Âge.
Au XIXe siècle, le père de l’Histoire moderne française, Jules Michelet, divise le Moyen Âge entre une période sombre et une Renaissance. Il ajoute, après 1789, l’Histoire contemporaine. Cependant, cette périodisation est aujourd’hui remise en question et la Renaissance réintègre un long Moyen Âge. Ou non. Après débats passionnés et pour trouver un consensus qui met fin à l'interminable, les historiens s'accordent, en gros, sur la périodisation suivant : Antiquité/Moyen âge/Temps modernes/Epoque contemporaine. Ces quatre périodes canoniques sont donc un cadre de référence qui peut être remis en question. Les anthropologues, espèces concurrentes mais non-invasives des historiens, annoncent un changement d'ère : l'Anthropocène soit l'ère géologique déterminée par l'Homme qui se substitue au déterminisme naturaliste qui a, jusqu'ici, prévalu.

3. L’emboîtement des temporalités
La périodisation canonique établie fixe donc encadré chronologique dans lequel les objets d'étude s'intègrent. Or ce cadre ne prend pas en considération les dynamiques de transformation inhérentes aux objets eux-mêmes. Ainsi, on peut opposer la relative stabilité des paysages agricoles à l'actualité politique. Ces deux exemples n'évoluent pas à la même vitesse. Quand l'un semble figé dans le temps, l'autre est frénétique. L'approche de l'histoire peut donc être multiscalaire, à différentes échelles, quand bien même les objets d'étude coexistent : les échelles de temporalité s’emboîtent en histoire. Fernand Braudel, auteur d’une thèse magistrale, intitulée La Méditerranée et le monde méditerranéen sous Philippe II (1969), présente l’enchevêtrement du temps court correspondant à celui de l’évènement, du temps moyen, temps de la conjoncture économique, sociale et/ou politique. Enfin, il retient le temps long, celui des structures.



